
WORLDTEMPUS – 18 janvier 2010
Louis Nardin
Après la tempête économique de 2009, les marques avaient réagi par un nécessaire et bienvenu virage à 180° dans les genres horlogers. Exit l’extrême et l’audace parfois mal contrôlés, bienvenue aux modèles trois aiguilles, aux cadrans sobres ou encore aux tailles discrètes donc plus petites, mais, et surtout, qui se vendent. Une année après, la formule du retour aux fondamentaux reste inchangée jusqu’à devenir la recette adoptée par tous au SIHH. Chez A.Lange & Söhne, Girard-Perregaux, Audemars Piguet, Vacheron Constantin, IWC, Jaeger-LeCoultre ou encore Panerai à sa manière, la montre intergénérationnelle et au caractère sage bourgeonne en force dans les vitrines. Au passage, les détails auront eu le temps d’être soignés avec des cadrans réalisés en émail grand feu par exemple, ou des polices de chiffres plus fines, souples et étudiées comme chez Girard-Perregaux.

La Radiomir 3 Jours en platine de Panerai est d'une sobriété totale avec une touche d'inattendu par la présence de points en guise d'index entre les quarts. © Panerai
Mais en dehors d’IWC qui a présenté son nouveau mouvement maison 8 jours 59'210 intégré dans la nouvelle Portofino Remontage Manuel Huit Jours ou de Cartier qui s'est fendue de modèles exigeants et portés vers le futur, ce plébiscite de la tradition s’est focalisé essentiellement sur l’habillage. Les outils techniques et industriels à disposition aujourd’hui semblent avoir été attribués à d’autres tâches que d'améliorer la mécanique horlogère. L’heure est à la production, l’innovation peut attendre. En chronométrie par exemple, il faut sortir des murs du SIHH et se rendre au GTE pour trouver une montre très classique et défendant la tradition horlogère, mais innovante à plusieurs niveaux. Le mouvement de la Tensus d’Heritage Watch Manufacture intègre en effet quatre découvertes techniques visant toutes à faciliter le réglage et à optimiser le rendement énergétique, des questions fondamentales en art horloger.
Les désirs du client
Le retour au calme dans les collections était demandé depuis longtemps déjà par ceux qui sentaient l’horlogerie s’éloigner de ses bases. Elle y revient, et avec toujours plus de force. Et si les plateaux de présentations ne s’envolent plus de main en main aussi vite qu'avant lors des présentations, c’est que les marques ont diminué les références, assagi les profils, et dirigé l’attention des foules sur les quelques rares modèles plus iconiques pour les faire clairement sortir du lot.

La Petite Seconde 1966, un exercice de style actuel avec des codes historiques. © Girard-Perregaux
Ce tour de vitrines indique que le consommateur est redevenu le décideur car il souhaite d'abord des montres portables au quotidien. Et que ses goûts vont sans aucun doute à la sobriété. Plus que de s’illustrer sur le terrain horloger uniquement et de jouer la carte des coups médiatiques comme ce fut le cas, les marques souhaitent unilatéralement satisfaire cette demande chez leur clientèle. Et là encore, elles s’adressent désormais à tous les acheteurs potentiels plutôt que de donner trop d’attention aux riches intéressés. «Nous horlogers sommes fondamentalement tributaires des envies des clients, dit Jean-Marc Jacot, à la tête du pôle horloger de Parmigiani. A la différence des marques de niche qui inventent des produits extrêmes, nous devons assurer des coûts fixes en main-d’œuvre et en outil de production. Et là, l’équation se solutionne d’elle-même: il faut créer des montres qui se vendent, donc qui plaisent.»

La Saxiona Thin. © A.Lange & Söhne
Devenir interprète
Exigeant des trésors d’inventivité et de travail pour y apporter de la nouveauté, les montres classiques seraient-elles condamnées à répéter l’histoire? «Il existe des marges de manœuvre, rassure Michel Parmigiani, à la tête de la marque éponyme. Le terme classique ne doit pas être considéré comme figé. Comme pour la musique «classique» justement, tout repose aujourd'hui sur l’interprétation qu’on en fait. Les innovations en horlogerie se sont succédées à une vitesse exagérée ces dernières années, comme les usages qui sont faits du silicium par exemple. Plutôt que d’être pressé et de continuer à chercher à tout prix du neuf, j’attendrais de voir comment ces découvertes réagissent aux affres du temps. Car elles abritent sûrement en elles ce que sera le classique dans le futur. En revanche, ce qui a changé aujourd’hui sont les habitudes du consommateur. Il n’achète plus une seule montre comme avant mais souvent plusieurs. Ce comportement laisse toute la place à la nouveauté.»
Un chantier nouveau semble donc s’ouvrir pour les marques aujourd’hui, soit créer des montres reflétant leur identité, respectant les codes horlogers historiques, mais intégrant aussi des éléments actuels. Les amateurs d’horlogerie aux budgets raisonnables apprécieront, vu sous cet angle, le meilleur reste à venir.
|
|