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Biver et Hayek

21.09.10, 10:21

ENTREPRENEURS - Nicolas Hayek et Jean-Claude Biver vus par Darius Rochebin

Au journal télévisé et dans l’émission «Pardonnez-moi», le journaliste note depuis des années les confidences de personnalités de l’économie et de la finance.

 

Bilan - 8 septembre 2010

Darius Rochebin

 

Jean-Claude Biver - le sens du mouvement

Jean-Claude Biver
"J’ai vu le patron de Hublot s’arrêter au bord de l’autoroute, à la limite de l’épuisement, pour voler quelques minutes de sieste réparatrice." DR



Les moines célèbrent laudes à l’aurore. Jean-Claude Biver en a fait sa règle. Chaque jour que Dieu fait, il se lève à trois ou quatre heures du matin. Pas de prières, mais la jubilation d’être à l’œuvre pendant que les concurrents dorment encore. Jean-Pascal Delamuraz lui avait prodigué le conseil: «Imagine un rival derrière chaque arbre de l’immense forêt du Risoux, dans la vallée de Joux. Et lève-toi plus tôt que lui.» Cela ne va pas sans fatigue. J’ai vu le patron de Hublot s’arrêter au bord de l’autoroute, à la limite de l’épuisement, pour voler quelques minutes de sieste réparatrice. Qu’importe? Le mouvement vaut toujours mieux que l’immobilité. «Sense of motion», disait Churchill, pour définir la vertu cardinale de l’homme de guerre. Les manuels de stratégie l’enseignent, depuis la victoire des légions de César sur celles de Pompée. Les premières avaient donné l’assaut, au prix d’une course harassante. Les secondes étaient demeurées statiques, croyant économiser leurs forces. Les Césariens, portés par l’élan, écrasèrent les Pompéiens trop bien reposés.


Nicolas Hayek - la curiosité

Nicolas Hayek
"La conversation de Nicolas Hayek était éblouissante. Il vous parlait dans la même phrase de Chaplin, d’un album de Tintin, qu’il venait de relire, ou du téléphone passé la veille à Nicole Kidman.". DR



On l’appelait «Nicolas le Vif», quand il était écolier à Beyrouth. Et le surnom lui allait toujours comme un gant, à 80 ans passés. La conversation de Nicolas Hayek était éblouissante. Il vous parlait dans la même phrase de Chaplin, d’un album de Tintin, qu’il venait de relire, ou du téléphone passé la veille à Nicole Kidman. Dans un autre style, on pourrait donner en exemple la culture encyclopédique du banquier Thierry Lombard. S’il faut retenir une seule qualité, ce sera celle-ci: la curiosité est la vertu première des capitaines d’industrie. Ils partagent cela avec les journalistes – et peut-être avec tout le monde. J’ai toujours été ému d’interviewer les survivants de camps nazis ou soviétiques. Tous vous disent qu’un esprit curieux les a aidés à sortir de l’enfer. Observer les rituels non écrits, apprendre très vite l’argot du lagger ou du goulag. Savoir reconnaître la sonorité exacte de la louche, dans la barrique de soupe, quand elle atteint la partie assez épaisse, et se placer opportunément dans la file d’attente, pour gagner quelques calories vitales. Telle est la communauté de destin: la curiosité est la plus belle leçon de survie, pour celui qui a des milliards, et pour celui qui n’a rien.

 

   

 

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