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Charles Jubin

22.08.10, 11:15

DÉTAILLANT - « J’investis dans le relationnel et ça marche ! »

Malgré la crise, les affaires de Charles Jubin, détaillant à Porrentruy, n’ont cessé de progresser ces quatre dernières années. Grâce à une clientèle fidèle essentiellement locale, grâce aussi aux préférences des Jurassiens pour les montres fonctionnelles et accessibles financièrement.


Gold'Or - Juillet-août 2010

Nicolas Paratte



Malgré la crise, les affaires de Charles Jubin, détaillant à Porrentruy, n’ont cessé de progresser ces quatre dernières années. Grâce à une clientèle fidèle essentiellement locale, grâce aussi aux préférences des Jurassiens pour les montres fonctionnelles et accessibles financièrement.

Charles Jubin, détaillant horloger-bijoutier à Porrentruy est avant tout un artisan proche de sa clientèle, essentiellement locale. © Gold'Or
Charles Jubin, détaillant horloger-bijoutier à Porrentruy est avant tout un artisan proche de sa clientèle, essentiellement locale. © Gold'Or



Charles Jubin, détaillant horloger et bijoutier à Porrentruy, est avant tout un artisan aux multiples compétences. Ce grand bonhomme de 51 ans a repris en 2006 le commerce de Denis Reber après avoir travaillé plus de 20 ans chez Cendres+Métaux à Bienne. Avant de rejoindre le groupe spécialisé dans la fabrication d'alliages en métaux précieux, l’Ajoulot est passé par l’école d’Art de Genève où il a accompli avec brio une formation en bijouterie. Aujourd’hui propriétaire de l’Anneau d’Or dans le chef-lieu de l’Ajoie, Charles Jubin s’occupe de ses clients presque à l’égal de ses proches, la seule manière selon ce créateur de bijoux d’être au plus près de leurs vœux. Une stratégie naturelle qui fonctionne à merveille dans ce coin de pays où les contacts et le service à la clientèle prime. Interview.

Nicolas Paratte: Quels rapports entretenez-vous avec votre clientèle ?

Charles Jubin: Quand je crée un bijou, je me mets dans la peau de mes clients. Il doit être en lien avec eux et l’événement auquel il est souvent lié, comme des anniversaires ou des mariages. Le bijou doit se rattacher au cœur de la personne et dégager un ressenti personnel. Les gens recherchent cela ici, car ils sont accrochés à leur terre, aux autres. La population jurassienne est très chaleureuse et latine.

Le propriétaire de l’Anneau d’Or réalise en grande partie lui-même bagues, pendentifs et autres bijoux, principalement en or.
Le propriétaire de l’Anneau d’Or réalise en grande partie lui-même bagues, pendentifs et autres bijoux, principalement en or. © Gold'Or

 


Quelles marques horlogères représentez-vous ?
J’aime bien travailler avec l’horloger biennois Festina. Il possède une gamme très élargie et renouvelle sa collection en permanence en s’adaptant à l’évolution du marché. C’est aussi une marque qui n’impose pas de chiffre de vente. Sinon, je travaille également avec la manufacture Auguste Reymond à Tramelan qui propose des garde-temps « swiss made » que je vends entre 500 et 2500 francs suisses.

Parmi les montres en vitrine, la marque Festina avec qui le revendeur Ajoulot aime travailler, notamment en raison de son bon rapport qualité-prix pour les Jurassiens. © Festina
Parmi les montres en vitrine, la marque Festina avec qui le revendeur Ajoulot aime travailler, notamment en raison de son bon rapport qualité-prix pour les Jurassiens. © Festina



Toutes les marques rencontrent-elles le même succès ?
Les montres de la marque Festina se vendent très bien justement, entre 100 et 500 francs en moyenne, car elles sont avant tout abordables pour les Jurassiens. Ici, dans une région où les revenus sont plus bas qu’ailleurs, cela fait une grande différence. Mes clients soupèsent donc leurs achats consciencieusement. Ils ne sont pas trop friands du clinquant et le look extravagant ou « bling-bling » ne marche pas. Par contre, le côté fonctionnel plaît.

Comment vont les affaires ?
En quatre ans, mon chiffre d’affaires a explosé. J’ai vécu un début d’année 2010 génial. J’avoue cependant que le démarrage fut difficile. Quand j’ai repris l’enseigne, je faisais du travail au laser pour récupérer des pièces très chères endommagées. Ça a été vital au commencement et permis de compenser mes revenus. Ma maîtrise de l’outil m’a fortement aidé. Avec la crise, la sous-traitance dans ce domaine ne représente plus que 10% de ce que je faisais avant.

Votre clientèle a-t-elle changé ?

Non, c’est toujours la même, essentiellement locale. Je suis relativement bon marché pour les réparations et créations de bijoux parce que je n’ai pas d’intermédiaires et reste en rapport avec les coûts. Mes clients sont fidèles et satisfaits car c’est surtout mon service avant et après-vente qui fait la différence. Vous ne pouvez pas demander 200 francs pour un devis par exemple, ça ne vas pas ici, ce n’est pas dans la mentalité. Et le bouche à oreille fait le reste car je ne fais pas de publicité. Le fait d’être président du cartel des sociétés d’Alle est en soi déjà une bonne réclame. Je me déplace également parfois chez certaines personnes, surtout âgées, pour de menus services. Il n’y a pas que le prix qui compte pour les habitants d’ici, mais aussi une forme d’échange. J’investis dans le relationnel et ça marche!

Quelles sont les demandes les plus fréquentes ?
Ma clientèle est hyper traditionnelle et avant tout familiale. La population étant à majorité catholique, les demandes de bijoux uniques pour des communions, baptêmes, mariages, etc. sont très importantes et cela ne change pas. Une nouvelle tendance se dessine néanmoins avec les jeunes qui me commandent de plus en plus de bijoux en acier, meilleurs marchés et ne demandant pas d’entretien. Je suis transparent avec chaque client au niveau du prix et de la qualité. Il m’arrive parfois de tester la solidité d’un collier en tirant dessus (rires).

Le mardi, jour de fermeture, Charles Jubin se consacre entièrement aux commandes dans son arrière-boutique. © Gold'Or
Le mardi, jour de fermeture, Charles Jubin se consacre entièrement aux commandes dans son arrière-boutique. © Gold'Or

 

Quelles sont les évolutions qu’a connu votre métier ces dernières années ?
Je vends à parts égales autant de montres que de bijoux. Pour ces derniers, il est à relever que je suis tributaire du cours des métaux précieux. L’or a ainsi atteint des sommets ces derniers temps, le kilo se négociant autour des 45'000 francs suisses. Cet état de fait me laisse impuissant et je renonce à faire des stocks. Et quand un client me passe une commande nécessitant beaucoup d’or, je lui dis clairement que ce n’est pas le bon moment et que cela coûte tant. Après c’est son choix. En ce qui concerne les montres, j’accepte toutes les marques pour le service après-vente. Je me heurte toutefois à certaines, notamment Breitling, qui ne coopèrent pas. De la part d’une grande manufacture, je trouve cela nul. Je conseille donc au client de ne plus acheter la marque en question.


   

 

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