L'Agefi - 9 juin 2010
Bastien Buss
Ils étaient les grands oubliés de la crise. Les marques horlogères du jour au lendemain en décembre 2008 avaient abruptement cessé de passer commandes auprès de leurs fournisseurs, en raison de l’effondrement des ventes et de stocks surnuméraires. Sans visibilité, sans accès aux données du marché, sans nouvelle de la part des marques, ils ont navigué à vue pendant de nombreux mois. Plusieurs exsangue, pris à la gorge, ont cessé leurs activités, à l’instar de fabricants de mouvements horlogers BNB Concept. De très nombreuses sociétés ont été contraintes d’introduire du chômage partiel.

Signe encourageant de reprise, le salon n’a enregistré qu’une ou deux défections de sociétés par rapport à l’an passé. © www.epmt.ch
Aujourd’hui, à l’inauguration du salon EPHJ-EPMT (le 9e pour l’Environnement professionnel horlogerie joaillerie et le 4e pour l’Environnement professionnel Micro Technologies), les sous-traitants tentent de se convaincre que le gros des turbulences fait désormais partie d’un passé révolu. Les premiers indices de reprise semblent se concrétiser, mais encore à un niveau modeste. Le salon connaît quant à lui une croissance de 5% du nombre de ses exposants, se réjouit André Colard, son organisateur.
«Nous espérons que cela soit de bon présage, sans pouvoir toutefois parler de grosse reprise», a-til nuancé lors d’une conférence de presse hier à Beaulieu à Lausanne. Il se dit toutefois convaincu que la branche se dirige vers de meilleurs jours. A priori étonnant, mais au final assez rassurant, le salon n’a enregistré qu’une ou deux défections de sociétés par rapport à l’an passé. Ce qui laisse supposer que le nombre de faillites ne s’est pas avéré aussi élevé que ce que l’on pouvait encore craindre il y a douze mois. Rappelant que ce n’est pas la première crise que la branche subit, les fournisseurs sont bien là, prêts à redémarrer, se convainc André Colard. Le panorama est toutefois très hétérogène en fonction de l’activité considérée, que ce soit en début ou fin de processus de production, avec des différences considérables de dynamique. Preuve de cette esquisse de confiance retrouvée, les inscriptions pour l’an prochain sont d’ores et déjà en augmentation.
Autre indice encourageant: entre avril et mai, 140 horlogers (ou professions affiliées) sans travail ont retrouvé de l’embauche, selon les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie, publiés hier. Reste que le taux de chômage dans la profession évolue toujours à des valeurs très élevées, à 10,8%. Soit 7 points de pourcentage supérieusr à la moyenne nationale, qui s’est établie pour le mois sous revue à 3,8%.
La situation des fournisseurs reste délicate. Surtout en comparaison de certaines déclarations tonitruantes de certaines grandes marques horlogères. Leur niveau d’activité évolue plutôt sur les bases de 2006. Ou au mieux de 2007, ce qui reste l’exception. « Depuis fin 2009, les commandes reprennent. Mais encore modestement. Il n’y vraiment pas lieu de parler d’emballement», témoigne Marc Gonin, responsable commercial de la PME carougoise R. Magnin, spécialisée dans les boîtes, bracelets, boucles et fermoirs. Tout comme nombre de ses homologues, l’entreprise n’a pas pu se soustraire aux vents contraires de la récession. Les effectifs sont ainsi passés de quelque 70 personnes avant-crise à une quarantaine aujourd’hui.
«Il ne faut pas croire que tout va mieux. Des mauvaises nouvelles sont encore à craindre. Il y aura forcément des répercussions de la crise monétaire, de la faiblesse de l’euro et de toutes les incertitudes qui planent encore sur le redressement économique. Reste à savoir quand cela nous affectera », témoigne le CEO d’une entreprise neuchâteloise active dans les boîtiers. Malgré les réductions de l’horaire de travail (RHT), ses effectifs ont fondu de 50% en l’espace de douze mois. L’heure n’est pas non plus à l’emballement chez Keyence, conglomérat japonais actif parmi d’autres dans les systèmes optiques et les capteurs laser, même si la situation a radicalement changé par rapport au creux conjoncturel de 2009.
«Nous n’avons plus besoin de démarcher d’éventuelles clients. Ce sont désormais les horlogers qui prennent contact avec nous. Néanmoins, cela ne veut pas dire que tous passent commande», explique Jan Stauffiger, responsable pour le marché romand. Amélioration? Certainement. Rédemption? Peut-être. Retour de l’euphorie? Assurément pas. De l’avis unanime, les sous-traitants ne souhaitent de toute manière pas (plus) une explosion de leurs carnets de commandes. Une croissance linéaire sur le très long terme suffirait amplement à leur bonheur. Echaudée par la bulle horlogère, la branche a certainement gagné en maturité. Qu’en sera-t-il lorsqu’ils seront à nouveau pressés par des horlogers débordés?
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