
Gold'Or - Avril 2010
Nicolas Paratte
A Crans-Montana, Patrick Saegesser incarne une nouvelle génération de détaillant horloger : loin d’attendre le client derrière son comptoir, il se déplace, utilise de nouveaux canaux de communication comme la vente en ligne ou facebook, et organise des soirées promotionnelles dans les places branchées de la station.

La boutique Saegesser Montres & Bijoux à Crans-Montana. DR
Patrick Saegesser a repris la boutique de montres d’André Triponez à Crans-Montana il y a à peine 8 mois, en juillet 2009. Ce bâlois d’origine jurassienne de 39 ans, passionné de hockey et fils d’une horlogère, a toutefois fait le plongeon dans le monde des garde-temps bien avant de devenir propriétaire de Saegesser Montres & Bijoux. Il a été dans la vente et le marketing pour des marques comme Tag Heuer, Gucci, Michel Jordi ou encore area manager pour la Suisse et les pays de l’Est chez Charriol. De contact facile, Patrick Saegesser a aussi évolué dans la distribution d’habits et le monde bancaire, des secteurs dans lesquels il a pu tisser de précieuses relations. Consciencieux, branché et passionné d’horlogerie – il a créé avec un ami sa propre marque Dolphin-Watches en 1993 – le valaisan d’adoption se veut un revendeur atypique qui se démarque de la concurrence locale. Interview.

Patrick Saegesser, un revendeur atypique qui veut insuffler un nouveau vent dans la profession. DR
Nicolas Paratte: Quelles marques représentez-vous ?
Patrick Saegesser: Je suis revendeur pour Cvstos, Louis Moinet, Concord, Graham, Rodolphe, Universal Genève, Dubey & Schaldenbrand, Michel Jordi, RSW ou encore U-Boat. Ces enseignes ont la particularité d’êtres des marques de prestige suisses indépendantes. Parallèlement, j’ai créé en octobre 2008 la société Luxury Brands Switzerland pour représenter et distribuer exclusivement sur le marché helvétique les marques Charriol, Technomarine, Louis Chevrolet et Dolphin-Watches que je propose également dans mon magasin de Crans-Montana.
Comment vont les affaires ?
Selon mon prédécesseur, Noël 2008 fut encore excellent, malgré la crise qui débutait. L’an 2009 a néanmoins été marqué par la retenue de la clientèle, avec des fêtes de fin d’année plus que mitigées. J’ai commencé mon activité en période de mauvaise conjoncture, par choix, estimant que c’était le meilleur moment pour se lancer. Pour le moment, je m’en sors bien. Je me suis laissé un horizon s’étalant sur trois à cinq ans. Je table sur une reprise en fin d’année, mais je me méfie toutefois des anticipations des marques horlogères qui disent voir le bout du tunnel.
Quelles sont les marques qui marchent le mieux ?
Dans le haut de gamme, Graham se vend très bien à l’instar des marques de moyenne gamme comme Technomarine, Charriol et Louis Chevrolet. Toutefois, ce sont surtout des montres bas de gamme à l’image de Metal.ch qui cartonnent, notamment à cause de leur prix : entre 400 et 800 francs pièce. Cette situation est très révélatrice de la crise actuelle. Les marques de prestige, telles que Cvstos, s’écoulent beaucoup plus discrètement.
Votre clientèle a-t-elle changé ?
André Triponez, qui a tenu la boutique durant 38 ans, m’a dit qu’il constatait un net rajeunissement de la clientèle depuis que je suis aux affaires. C’est certainement en grande partie à cause de l’offre qui est passée du très haut à du moyen de gamme. En pleine crise, j’ai voulu me différencier par un choix de circonstance avec des marques au design original.
A-t-elle adopté de nouvelles façons d’acquérir une montre ?
Mes prix varient entre 300 et 30’000 francs et il n’y a pas de segment de prix où les gens ne tentent pas de négocier. Par exemple, les Russes savent ce qu’ils veulent et marchandent systématiquement. Ils visent le cher et paient cash. Les Européens et les Suisses, souvent bien informés, ne sont pas en reste.
Est-elle prête à se déplacer de loin pour obtenir une pièce ? Vous déplacez-vous ?
Etant dans une station alpine renommée, ma clientèle vient en grande partie à moi. Cependant, au travers de ma société Luxury Brands Switzerland, je me déplace régulièrement en Suisse, profitant par la même occasion de rencontrer des acheteurs potentiels ou des bons clients, souvent aisés, que je connais au travers de mes relations. J’alterne donc deux occupations : je suis environ quatre mois à Crans-Montana et les huit autres sur les routes en tant que représentant.

Patrick Saegesser se concentre sur des montres de niche et originales, à l’image de la marque Graham. © Graham-London
Quelles sont les demandes les plus fréquentes de la part des clients ?
Mes clients internationaux veulent surtout du Swiss Made et de la mécanique automatique, voire du quartz. Ils n’arrivent pas à prendre des habitudes avec des montres à remontage manuel. Ce n’est pas un hasard si Charriol, Technomarine, Metal.ch et Auguste Reymond se vendent bien.
Commet gérez-vous le service après-vente ?
Je prends en charge, par le bais de mon horloger, toutes les montres que je représente ou revends, de même que les marques de mon prédécesseur. Avec les autres marques, j’ai parfois des problèmes, car je ne suis pas concessionnaire officiel et les maisons-mères ne me fournissent pas les pièces nécessaires. Je trouve cependant toujours une solution pour contourner cet obstacle.
Subissez-vous des pressions de la part des marques ?
Non, car je vends des produits de niche et ne suis lié à aucun groupe. Les marques qui font partie de ces derniers dictent souvent leur politique en imposant des achats quantifiés qui ne sont pas adaptés à nos besoins. En outre, ils s’arrogent souvent le droit de décider des emplacements de telle ou telle montre en vitrine, à côté de qui, etc. Tout cela n’est pas très flexible. Les marques avec qui je travaille sont beaucoup plus souples et nos relations sont très amicales. Elles vont parfois jusqu’à me proposer en soumission certains modèles sertis ou en or massif, ce qui est très appréciable en période de marasme économique. Une fois vendus, j’effectue le paiement dans les 24 heures. Il existe une vraie solidarité et tout le monde est gagnant !
Quelles sont les évolutions positives qu’a connu votre métier ces dernières années ?
Mon but a toujours été de me démarquer des autres concurrents de la place. Je fais partie d’une nouvelle génération de détaillants qui bougent : à côté de la boutique, j’utilise de nouveaux canaux de communication comme la vente en ligne, facebook, ou des campagnes de pub en partenariat avec mes marques, tel un catalogue de qualité distribué dans les hôtels et les bars. J’organise également des soirées promotionnelles dans les places branchées de la station avec flyers, montres à gagner, etc.
Que souhaitez-vous pour l’avenir ?
Que les grands groupes redeviennent raisonnables. Une fois que les pendules seront à nouveau à l’heure et que l’on aura tiré les leçons de la crise, l’horlogerie suisse pourra repartir sur des bases saines, dans le respect et le dialogue entre marques et détaillants notamment.
www.saegessermontresbijoux.ch
www.luxurybrandsswitzerland.ch
www.dolphin-watches.com
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