
Christophe Persoz

Zenith Grande Class Tourbillon Moonphase © GMT
Il y a quelques numéros de cela, nous avions passé le Défi Extrême Chrono de Zenith au banc d’essai. Le mythique calibre El Primero s’était alors montré largement à la hauteur de sa réputation, la surprise émanant plutôt d’un habillage justifiant à lui seul la dénomination «Extrême». Lors du dernier rendez-vous bâlois, la manufacture locloise à présenté dans sa collection «Grande Class» une extrapolation mécanique de El Primero, extrême quant à elle par l’aboutissement de sa motorisation.
C’est avec respect que nous nous sommes donc penchés sur la Zenith Grande Class Tourbillon Moonphase, nom de modèle qui en dépit d’une longueur significative n’est pas exhaustif des fonctions offertes.
L’habillage:
Lors des deux dernières décennies, les montres manufacturées ont vu évoluer leur style classique vers davantage de volumes bâtis sur des lignes adoucies, minimalistes. Une évolution des dessins qui conduit à souligner l’essentiel. L’habillage s’harmonise ainsi avec les plus belles mécaniques, les valorisant dans une sobriété et une élégance auxquelles l’horlogerie des années 1920 et 1930 offre certainement la plus forte rivalité en terme de réussite, ceci n’engageant que l’auteur de ces lignes. L’une des grandes forces de Zenith est d’avoir toujours été présent parmi les pionniers, voire les visionnaires. Je demeure subjugué par l’efficacité et la simplicité des lignes du boîtier quand bien même je ne devrais pas en être étonné. Les 15mm de hauteur de l’ensemble proportionnent parfaitement les 45mm de diamètre dans un volume global qui semble fort raisonnable, idéal même si on se réfère aux tendances. Intégralement poli, le boîtier de ce banc était en or rose 750.Caractéristique de El Primero, la position des poussoirs ovoïdes, proche de la couronne, fixe l’équilibre de l’ensemble. On apprécie aussi la symétrie du positionnement à 9H du correcteur de lune.

Zenith Grande Class Tourbillon Moonphase © GMT
Le cadran est en or, guilloché à la main de différents motifs et réhaussé de somptueux index et chiffres en or rose. L’ingénieuse répartition des différentes indications, sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre suivant, offre une bonne lisibilité et une séparation distincte des fonctions. Le fond quant à lui est agrémenté d’une glace saphir excentrée ouverte sur le mouvement de base.
Le mouvement:
Bien que cet assortiment de complications soit inédit chez Zenith, on a bien affaire ici à l’emblématique El Primero et à ses fonctions traditionnelles de chronographe automatique au 10e de seconde avec compteurs 30 min et 12 heures. Là où les constructeurs de Zenith ont fait preuve de génie c’est dans l’implantation de l’ensemble des autres complications. Bien que totalement et parfaitement intégrées au mouvement, elles ont été disposées en périphérie d’une base «standard», s’il en est, El Primero. Un choix très judicieux qui permet d’aboutir aux proportions et à la lisibilité vantées précédemment sans que les différentes complications se cannibalisent au détriment de pervers compromis. La magnifique cage de tourbillon occupe une partie de l’espace habituellement occupé par l’organe régulateur mais en déborde dans la partie supérieure gauche. Cette astuce a permis de conserver une taille et une inertie de balancier permettant d’atteindre la légendaire fréquence de 36’000A/h. Nous verrons ce que les tests ont à nous révéler lorsque cet assortiment est placé dans une cage de tourbillon pivotée, mais le simple fait d’y penser se révèle déjà étourdissant. L’indicateur de quantième, dont la correction en 2e position de la tige nous rappelle qu’il s’agit bel et bien d’un vrai El Primero, a été réduit et disposé concentriquement à la cage de tourbillon. Afin de préserver les gains de hauteur, l’indicateur de phase de lune à lui aussi été disposé au-delà de la circonférence du mouvement de base et s’affiche dans la partie inférieure gauche. Le décor or et émail de ce dernier est une splendeur aussi discrète qu’efficace (on aime beaucoup). Les 353 composants de ce calibre 4034 ne font finalement croître son diamètre que de 5.50mm.

Zenith Grande Class Tourbillon Moonphase © GMT
Précisons avant la tant attendue épreuve des tests que les décors et les finitions sont, comme à l’accoutumée chez Zenith, irréprochables.
Les tests:
On s’attendait à du très bon, on a eu du meilleur! On apprécie toujours de passer au banc un tourbillon car cela n’implique que deux positions de mesure. En plein armage, les amplitudes en position horizontale ont été mesurées à 291-92° et entre 254 et 257° en position verticale durant 5min. Des amplitudes plutôt hautes pour un 36’000A/h et simplement exceptionnelles. Ce qui l’est encore plus c’est que la marche affichait +3sec/j en horizontal et +1sec/j en vertical. Ahurissant. Après 24h de marche les amplitudes ont été mesurées à 268° en horizontal et 234° en vertical, quant aux marches elles se sont révélées plus serrées encore: 1sec/j en vertical (toujours en moyenne sur 5min) et +2sec/j seulement en horizontal! Qui dit mieux? S’agissant d’un chronographe à roue intermédiaire et non à embrayage, la perte d’amplitude due à celui-ci n’est effective que lorsque le chronographe est «en prise». Nous avons mesuré celle-ci 20 fois à différents degrés d’armage. La perte d’amplitude la plus importante a été de 10°. L’énergie consommée par le dispositif de phase de lune demeurant insignifiant (une dent / jour) on pouvait s’attendre à ce que la cage de tourbillon se révèle gourmande. L’autonomie garantie est de 50h, mais notre test de réserve de marche à mesuré celle-ci à 53h ce qui donne une réponse définitive à cette question.
Au porté, la Grande Class Tourbillon Moonphase est très confortable et s’équilibre bien au poignet grâce notamment au choix d’un fermoir déployant à trois lames. Les manipulations sont aisées. Les commandes et pressions de déclanchement du chronographe ont toujours valeur de référence. La lisibilité globale est excellente, on dénotera tout de même que le guichet de quantième implique une bonne vue et un minimum de temps pour lire cette indication. Enfin, mon esprit tatillon étant d’autant plus développé que le produit est bon, on peut regretter que la crémaillère de l’aiguille de secondes du chronographe soit interrompue au passage du guichet de phase de lune et du tourbillon.
En conclusion:
La sobriété, la discrétion, et la réussite de l’habillage de la Zenith Grande Class Tourbillon Moonphase feraient presque oublier l’importance de ce chef-d’œuvre mécanique qui contribue très significativement à repousser les limites de la précision.
Après un tel parcours sans faute, il n’y aura probablement qu’un seul défi que Zenith n’aura pas à relever avec cette nouvelle référence, celui de vendre les 10 exemplaires en or rose et les 5 en or gris qui ont confidentiellement été manufacturés.
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