L'Agefi - 18 mars 2010
Bastien Buss
Malgré les violences récessives, l’horlogerie continue d’attirer de nombreux nouveaux acteurs. Ils étaient près d’une quarantaine l’an passé. Un nombre similaire est attendu pour 2010, en dépit d’un contexte plus qu’incertain et qui risque encore d’être marqué par de nombreuses faillites tant la reprise horlogère parait encore fragile.

Chaque modèle de Tempvs Compvtare soutient une association activement engagée dans la défense d’espèces animales menacées © Tempvs Compvtare
Parmi ces nouveaux membres de la jeune génération, un couple s’est lancé à Neuchâtel. Il s’agit de Rebecca et Nicolas Jeanson, français installés dans le chef-lieu. A priori, rien ne ou presque ne les prédestinait à embrasser une carrière dans ce secteur. Lui venant du design industriel, avec une incursion horlogère, et elle déployait ses activités en tant qu’ingénieure commerciale pour le géant américain HP. Tout est parti du film Sharkwater, du Canadien Rob Stewart, qui dénonce le massacre des requins. Ils ont alors décidé de tout laisser tomber pour produire une montre de plongée. « Si toute la chaîne disparaît, que ce soit depuis les requins jusqu’aux plus petits microorganismes présents dans les coraux, il n’y aura plus de plongées ou de plongeurs », explique Nicolas Jeanson, désormais à la tête d’une petite équipe de cinq personnes. La société, née le 8 mai 2009, a choisi de reverser près d’un tiers de ses bénéfices à la préservation des océans, soit quelque 1000 dollars par montre vendue.
La société fait appel à un réseau de sous-traitants, pour la plupart neuchâtelois, pour ses montres. Dotées d’un mouvement Valjoux 7750 (ETA), leur prix oscille entre 10500 et 13000 francs. L’objectif pour 2010 est d’écouler 250 pièces, d’abord uniquement sur le modèle de la série limité. Une édition destinée à une grande série devrait bientôt voir le jour. «Nous voulons rester une entreprise à taille humaine, avec le minimum d’impact CO2 lié à nos activités». Nicolas Jeanson serait satisfait si d’ici à cinq ans la société produisait annuellement quelque 3000 garde-temps par année. Pour l’heure, la jeune pousse dispose d’un réseau de vente en directe. Un importateur du Benelux et un au Portugal s’occuperont de distribuer les montres sur leur marché respectif. Un point de vente existe également en France et d’autres devraient germer ces prochain mois.
La société, qui compte trois associées, est entièrement autofinancée. Elle est également soutenue par le canton, via un cautionnement de crédit. Une aide qu’elle a pu obtenir en raison de ses activités à 100% dans le canton. Pour pousser leur démarche verte jusqu’au bout, tous les éléments de leur stand à Baselworld, dans la halle 4, ont été fabriqués dans le canton.
La société vient de lancer la Sea Shepherd Watch. Comme toutes les montres qui viendront garnir le catalogue de Tempvs Compvtare, aucune peau de requin, de raie, de mammifère ou de reptile n’est utilisée pour cette montre. Elle accompagne l’ONG homonyme, dans son projet d’intervention dans les eaux fragiles de la Méditerranée, où les Nations Unies dénombrent près de 700 bateaux de pêche illégaux.
Tempvs Compvtare mise beaucoup sur la foire de Bâle pour gagner en notoriété. Si la société doit encore à faire ses preuves au niveau horloger, le concept marketing semble quant à lui très porteur. Sera-ce suffisant?
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