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L'artisan au travail

19.01.10, 10:07

TRIBUNE DES ARTS – Emotion au salon

Sur le stand Vacheron Constantin, un artisan japonais spécialiste de la laque décore des montres avec des pinceaux en poils de souris.


WORLDTEMPUS - 19 janvier 2010

Sylvie Guerreiro

SIHH, temple de la haute complication horlogère. Et voilà qu’entre deux tourbillons, le salon prend des allures de repère de poètes en mal de tradition ancestrale. Tel est le cas au stand de Vacheron Constantin qui plutôt que d’exposer son meilleur horloger en blouse blanche, laisse la place belle à un spécialiste de la laque venu tout droit du Japon. Entièrement vêtu de noir, assis en tailleur, il peint à main levée des arbres et des oiseaux à l’aide de pinceaux en poils de souris ou d’écureuil volant. Son rôle? Orner le cadran et le fond ajourés de la nouvelle collection «Métiers d’Art – La symbolique des laques», laquelle se décline en un coffret de trois montres fabriquées en série limitée de vingt exemplaires. Sa technique? La plus sophistiquée de l’art de la laque, le maki-e, où le motif décoratif est créé à partir de poussière d’or ou d’argent délicatement saupoudrée sur de la laque encore humide. Développée très tôt au Japon, cette technique atteint sa pleine maturité entre le VIIIe et le XIIe siècle, devenant l’ornementation prédominante dès le XVIIe siècle.

 


L'artisan travaille en direct du stand assis sur son tatami © Faute-au-Graphe/Worldtempus

 

Lovée au cœur du salon genevois, cette bulle d’exotisme fait l’effet d’un poème de Verlaine. Car ce qui fascine ici, c’est le côté vaporeux qui se dégage du dessin alors même qu’il est d’une précision et d’une finesse extrêmes. Il faut dire aussi que notre artisan appartient à la maison Zôhiko, la plus ancienne du Japon. Fondée à Kyoto en 1661, elle a longtemps entretenu des liens privilégiés avec la cour impériale japonaise. Pourtant, c’est la première fois que l’homme s’attaque au métal. Car d’ordinaire, cette technique est employée pour décorer des objets en bois, à l’exception des armures de samouraï. Un défi de taille, qui s’ajoute à celui de se concentrer malgré le flux incessant de visiteurs où chacun, bien sûr, y va de sa question, tandis que photographes et cameramans se font un point d’honneur de braquer leurs objectifs. Puis vient le moment où vous découvrez le sens caché de ces arbres (pin, bambou, prunier) et de ces oiseaux (grue, moineau, rossignol), tous symbolisant à leur manière la longévité. Et là, c’est toute la magie de l’Asie qui envahit l’imaginaire! On en oublie de consulter l’heure, d’ailleurs difficilement lisible du fait de la petite taille des aiguilles tournant sur fond de calibre extra-plat squeletté. Et on s’en moque! Ici, le Beau l’emporte…


Le cadran
Le cadran "Pin et Grue" © Vacheron Constantin

 

 

 

 

   

 

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