
Hervé Genoud
Seiko reste synonyme pour certains de montres à quartz et de production de masse. Mais c’est oublier que la marque japonaise possède une solide tradition dans la montre mécanique et qu’avec des technologies révolutionnaires comme Kinetic et Spring Drive, elle a su marier électronique et mécanique dans des cocktails aussi explosifs que prometteurs.

Nouvelle collection Ananta de Seiko © Revolution
L’année 1969
De nombreuses éditions spéciales nous l’ont rappelé ces derniers mois - fut un grand millésime pour l’horlogerie, avec le lancement des premiers mouvements de chronographes automatiques et les premiers pas de l’Omega Speedmaster sur la Lune. Du côté du soleil levant, elle fut marquée par un autre événement que les horlogers suisses commémorent généralement avec moins de lyrisme: le lancement de la première montre à quartz de série par Seiko, la fameuse Astron - prélude à la grande crise horlogère des années 1970.
Cinq ans plus tôt, Seiko s’était acquis une visibilité mondiale en développant pour les Jeux olympiques de Tokyo, dont elle était chronométreur officiel, le premier compteur de temps à quartz portatif. Pourtant, si son image reste liée à ce rôle de précurseur de l’électronique, Seiko possède des racines beaucoup plus lointaines et elle peut se targuer d’un solide héritage du côté mécanique. Fondée en 1881, la société k. Hattori (rebaptisée plus tard Seikosha) présente en 1895 sa première montre de poche.
En 1913, elle fabrique la première montre-bracelet japonaise. Dans les années 1960, elle participe avec d’excellents résultats aux concours de chronométrie de Genève et Neuchâtel. Le lancement de l’Astron en 1969 ne doit pas faire oublier non plus qu’en cette même année, Seiko s’illustra dans la course au premier chronographe automatique en présentant le Calibre 6139, avec roue à colonnes et embrayage vertical. Forte de sa double tradition, Seiko pourrait se contenter aujourd’hui- comme beaucoup - de produire parallèlement des mouvements mécaniques et des mouvements à quartz. Mais elle a choisi une voie plus originale et novatrice en mariant le meilleur de ces deux technologies.

Un modèle de la collection Sportura Kinetic Direct Drive © Revolution
Kinetic, ou le quartz à remontage automatique
Le quartz, on le sait, garantit une précision inégalée. Mais il oblige à équiper les montres d’une source d’énergie électrique (la pile) destinée à faire vibrer le cristal et à propulser le moteur. D’où l’idée - écologique avant l’heure - des ingénieurs de Seiko : créer une montre à quartz générant sa propre énergie. La réponse est née en 1988, et elle s’appelle kinetic. Dans cette technologie, le mouvement à quartz est doté d’un microgénérateur produisant son énergie grâce à un rotor, comme dans une montre automatique- sauf que ce rotor, suspendu par lévitation magnétique, peut atteindre 100’000 tours/minute.
Le mouvement a par ailleurs été conçu pour consommer un minimum d’énergie. Ce système est à l’honneur sur la nouvelle kinetic Direct Drive Phase de lune, avec indicateur visualisant la production et la réserve d’énergie en temps réel. En 1999, Seiko a poursuivi dans le créneau des économies d’énergie en créant le système Auto Relay. Principe :les aiguilles sont désactivées dès que la montre n’est pas portée plus de 24 heures. Quand on les tire de leur sommeil, elles se remettent à l’heure exacte, même après quatre ans d’immobilité.

Chronographe Ananta embarque la technologie Spring Drive © Revolution
Spring Drive, ou la mécanique à oscillateur à quartz
Donner à un mouvement mécanique une précision digne d’un mouvement à quartz: tel est l’autre défi qui occupe Seiko depuis trois décennies. Héritier de près de 600 prototypes, le mouvement Spring Drive a vu le jour en 2005. Il affiche fièrement un écart de marche de +/- 1 seconde/jour que lui envient même les meilleurs chronomètres. Pour arriver à une telle performance, les ingénieurs ont remplacé le système de régulation traditionnel (balancier-spiral et échappement à ancre) par un nouveau système de régulation appelé tri-synchro.
Le mobile régulateur n’effectue pas d’oscillations comme dans un système classique, mais il tourne sur lui-même dans une seule direction. Il utilise l’énergie mécanique du ressort-moteur pour fabriquer lui-même son électricité, qui est transmise au cristal de quartz; en retour, cet oscillateur stabilise par électromagnétisme la rotation du mobile à 28’800 tours/heure (8 tours/seconde). Résultat: outre sa précision hors pair, le système garantit une course absolument fluide et silencieuse des aiguilles, "comme la vraie nature du temps", sans le tic-tac et les minuscules à-coups caractérisant les échappements classiques. Le mouvement Spring Drive se distingue aussi par un ressort-moteur conçu dans un nouvel alliage ainsi qu’un système d’armage plus performant que les dispositifs traditionnels.

Credor Spring Drive Sonnerie © Revolution
Une montée en gamme
Avec sa production de masse, ses riches collections couvrant de nombreux segments et ses quatre technologies (mécanique,quartz, kinetic et Spring Drive), Seiko occupe une place de choix sur de nombreux marchés, dont le Japon, l’Asie ainsi que les Etats-Unis. Pour renforcer cette position et conquérir de nouveaux marchés comme la Suisse, encore à la traîne (un souvenir de 1969 ?), la marque mise sur ses technologies exclusives, Spring Drive en tête, mais aussi sur une montée en gamme incarnée notamment par la collection Ananta, mélange d’artisanat et de high-tech.
Seiko s’est même essayée aux complications autres que le chronographe avec la Credor Spring Drive Sonnerie, dotée d’une "répétition à heures". Côté communication, elle a associé son image au championnat du monde d’athlétisme ainsi qu’au monde de la voile – un partenariat qui a débouché sur la création de la collection Velatura. En février 2010, elle commercialisera en série limitée la Spring Drive Spacewalk, créée à l’origine pour le "touriste de l’espace" Richard Garriott, et dotée de performances qui se veulent elles aussi... sidérales.
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