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Rolf Schnyder, propriétaire d’Ulysse Nardin

14.12.09, 09:09

ULYSSE NARDIN - «On réengage, le creux de la vague est passé»

Le propriétaire d’Ulysse Nardin, Rolf Schnyder, a inauguré jeudi en Chine une nouvelle boutique de la marque neuchâteloise qui a vécu en novembre son meilleur mois de l’année.



Tribune de Genève - 12 décembre 2009

Anne Gaudard

L’an dernier, alors que la lucrative période des Fêtes approchait, les aiguilles de la production horlogère ralentissaient, freinées par la crise. Depuis, les mois se sont écoulés au rythme de la chute des exportations, du chômage partiel, des licenciements ou encore des fermetures de sociétés, notamment dans le domaine de la sous-traitance. Dans les Montagnes neuchâteloises, la manufacture Ulysse Nardin a ainsi dû renoncer à 12% de ses quelque 240 employés et a vécu au ralenti pendant de longues semaines. Mais depuis septembre, ses ateliers tournent à nouveau à 100%. Fini le chômage partiel. Mieux, Rolf Schnyder, son emblématique propriétaire depuis les années 80, évoque la reprise. Dans ce climat, ce septuagénaire, qui vit en grande partie de l’année en Malaisie, a inauguré cette semaine à Pékin une boutique Ulysse Nardin. La deuxième échoppe que la marque neuchâteloise possède en propre dans le pays, un maillon essentiel pour son développement en Chine. Entretien avec le Neuchâtelois le plus riche, selon le dernier classement de Bilan.

Rolf Schnyder, propriétaire d’Ulysse Nardin
Rolf Schnyder, propriétaire d’Ulysse Nardin depuis les années 80. «Nous réengageons là où c’est nécessaire. Dans la production, mais aussi dans la vente, secteur où nous devons porter notre effort en période de reprise.» DR




Comment se porte Ulysse Nardin?
Nous finirons l’année dans les chiffres noirs, mais avec des résultats inférieurs à ceux de 2008. L’année dernière avait commencé très fort et fini très mal. Cette année a commencé mal et finit un peu moins mal. En novembre 2008, j’avais tiré la sonnette d’alarme. On avait alors refait nos budgets. Or, aujourd’hui, nous sommes légèrement au-dessus des objectifs fixés. En chiffres, cela signifie 12% au-dessus de notre budget mais 26% de moins qu’en 2008. Le creux de la vague semble être passé. En fait, novembre s’est révélé être notre meilleur mois de l’année. Nous avons fait 30% de mieux que l’an dernier.

Comment voyez-vous la reprise?
Elle sera lente. Ainsi les Etats-Unis vont mettre du temps à se remettre des chocs qu’ils ont subis depuis 2007. C’est un marché important pour nous, mais s’il pesait encore 30% de notre chiffre d’affaires il y a peu, il est descendu à 18%.

De quelle manière expliquez-vous le rebond de vos ventes, qu’il est difficile malgré tout de généraliser?

Une partie de notre succès s’explique par l’arrivée sur le marché de nos nouveaux modèles. Et preuve que le timing est bon… la production ne suit pas. Nos fournisseurs de boîtiers et cadrans ont réduit leurs effectifs cette année et peinent à nous livrer. J’ajouterai que les situations dépendent aussi du type de pièces écoulées et de la répartition géographique des ventes. Ainsi, les montres chères se vendent moins bien et l’Asie résiste mieux.

Et réengagez-vous?
Oui, ponctuellement, là où c’est nécessaire. Dans la production, mais aussi dans la vente, secteur où nous devons porter notre effort en période de reprise. Actuellement, nous travaillons à plein régime et pour que certains modèles soient livrables pour les Fêtes des équipes ont dû travailler samedi et dimanche.

Avez-vous baissé vos prix?
Non! Mais les gens achètent des montres moins chères. Ils préfèrent par exemple l’acier à l’or. Le prix moyen des montres vendues a donc baissé. Selon les statistiques de la Fédération horlogère, la Chine a importé cette année moins de montres suisses en valeur, mais le mouvement est stable en nombre de pièces. Nous avons heureusement réalisé un roadshow, des présentations dans le pays, ce qui nous a permis de vendre plusieurs pièces très chères, le prix moyen de nos ventes a du coup gagné 40%! Cela dit, dans d’autres marchés, comme aux Etats-Unis, les ventes des pièces très haut de gamme ont chuté.

 

«Baisse de 70% à Dubaï»



La situation aux Etats-Unis vous pousse-t-elle à privilégier d’autres marchés?
Nous avons augmenté nos efforts publicitaires aux Etats-Unis récemment, car même en baisse, ce marché reste clé. Et là-bas aussi, le creux de la vague est passé. Nous avons une image claire de ce qu’il s’y passe puisque nous gérons les stocks depuis Le Locle. Outre les Etats-Unis, la Russie reste aussi un marché important pour nous. Et il va rebondir avec le retour des matières premières. Nous avons bien progressé en Chine.

La Chine sera-t-elle bientôt votre principal marché?
Non. C’est certes un grand marché, mais il reste si particulier! Par ailleurs, les Chinois commencent à voyager et donc à acheter ces produits de luxe – qui sont fortement taxés chez eux – à l’étranger. Notre avantage là-bas? Avoir fait revivre l’émail cloisonné que les Chinois adorent, un savoir-faire disparu que l’on a réhabilité dans les années 90 à La Chaux-de-Fonds. Nous avons ainsi réussi à nous faire connaître sans dépenser des millions en campagnes de pub.

Et Dubaï, sentez-vous la crise qui sévit dans l’Emirat?
Je m’y attendais à cette crise, mais quand même: cette année nos ventes y ont baissé de 70%! C’est un gros marché pour nous, notamment car c’est un but touristique pour les Russes. Nous sommes la première marque dans le haut de gamme en Russie. Une grande partie de notre chiffre d’affaires en Italie, en Espagne, en Floride ou en Turquie est aussi assurée par des touristes russes. (agd)

 

   

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