
Revolution #5 - Septembre 2009
Mathilde Binetruy
La première impression est la bonne: la montre est une digne représentante de la ligne arena. Depuis 1994, Gérald Genta fait grand bruit avec ses Grandes sonneries. Avec leurs quatre marteaux et leur carillon Westminster à mélodies différenciées pour chaque quart, d’autant plus notables qu’ils sont développés sur des mouvements à tourbillon. Les grandes sonneries produites actuellement comprennent environ 850 pièces en version manuelle, 950 en version automatique, 1’100 en version avec quantième perpétuel et il faut près d’une année de travail pour réaliser une seule de ces montres. Les connaisseurs et horlogers confirment que ce n’est pas le nombre d’indications qui rend une montre compliquée, mais bien la complexité du mouvement à assembler et à emboîter.

L’Arena Metasonic © Revolution
La tradition...
Les sonneries font figure de dernier bastion. Alors que tout autre calibre est désormais industrialisable, et donc reproductible à l’identique quels que soient les critères prédéfinis, une sonnerie nécessite obligatoirement des retouches manuelles. L’horloger agit sur la longueur des timbres ou sur leur point de fixation pour obtenir les notes voulues. Dans cet exercice, il est de coutume de travailler à l’oreille au risque de ne jamais parvenir au même résultat, y compris quand il s’agit d’une même personne. Gérald Genta a solutionné le problème et ses sonneries sont normalisées depuis maintenant 4 ans.
...du futur
Fruit d’une recherche menée en collaboration avec un laboratoire d’acoustique, Gérald Genta dispose d’un logiciel exclusif qui lui permet de mesurer les sons produits, notamment par ses grandes sonneries. Premièrement, on mesure l’intensité ou la force des notes en décibels. Pour être validées, elles doivent avoir une intensité suffisante pour être clairement audible mais pas trop élevée pour préserver la qualité harmonique.

Loin des approximations des horlogers d’antan, tout est mesuré et analysé scientifi quement pour les Grandes Sonneries de Gérald Genta. © Revolution
Ensuite, on contrôle l’accord ou la justesse des notes afin d’obtenir invariablement un sol pour les heures, des do, ré, mi et sol pour les différentes combinaisons de quarts
Précisément :
(premier quart) mi-ré-do-sol, (deuxième quart) ré-sol-mi-do + mi-ré-do-sol, (troisième quart) mi-do-ré-sol + ré-sol-mi-do + mi-ré-do-sol. Un ré pour les minutes, le tout dans les octaves 5 ou 6, assez graves pour être mélodieuses.
Enfin, la cadence ou régularité en millisecondes est vérifiée selon des intervalles définis entre chaque heure (628 ms), chaque quart (427 ms), et chaque minute (509 ms). L’objectif est d’assurer un enchaînement harmonieux avec des sons distinctement perceptibles. Grâce à ces mesures, totalement indépendantes les unes des autres, les grandes sonneries Gérald Genta sont désormais de qualité égale. Les retouches de l’horloger sont toujours indispensables mais elles convergent vers des critères communs, garantissant une mélodie unique. Il faut en moyenne une douzaine de contrôles successifs pour obtenir le résultat souhaité.
Qualité supérieure
Chaque grande sonnerie réagit à sa manière, en fonction du volume occupé par le mouvement dans la boîte et des évidements qu’elle comporte, des matériaux choisis et de leur traitement, de la force des marteaux ainsi que d’une multitude de détails comme la qualité des vis, des joints et des soudures. Les timbres sont désormais fixés à la carrure du boîtier, et non plus au mouvement, ce qui a pour effet d’augmenter le volume sonore.

La technique au service du savoir-faire manuel. © Revolution
Les plus de l’Arena Metasonic
Gérald Genta a soigné l’écrin de son modèle. Pour ce faire, elle s’est dotée d’un logiciel capable d’analyser toutes sortes de matériaux. Elle en a dégagé un système de tests qui rendent compte de la densité, du module d’élasticité et du coefficient de perte, paramètres physiques déterminants dans la diffusion du son, qui se doivent d’être les plus faibles possibles.
Premier paramètre, la densité doit être inférieure à 5. Or, parmi les métaux les plus usités en horlogerie, seul le titane satisfait à cette exigence. Sa densité est moitié moins élevée que celle de l’acier, elle-même moitié moins élevée que celle de l’or gris. En matière de module d’élasticité, estimée de qualité supérieure quand il se situe en-dessous de 100 GPa (GigaPascal), l’or gris et le titane se rapprochent du seuil quand l’acier s’en éloigne doublement. Quant au coefficient de perte, mesuré avec précision en laboratoire — à partir de barrettes calibrées mises en vibration par laser sous vide, sans contact et librement amorties —, il est inférieur au maximum souhaitable de 0.0002 en ce qui concerne l’or gris et le titane mais pas l’acier. Force est de constater que le titane et l’or sont étonnamment plus performants que l’acier pas très dense, mais qui absorbe les sons plus que tout autre matière (coefficient de perte élevé).

Gérald Genta a imaginé un alliage en fonction des objectifs de chaque paramètre dont la composition demeure secrète. Breveté et appelé Magsonic®, il remporte la palme avec 2.7 en densité, 71 GPa en élasticité et 0.00008 en déperdition, soit respectivement 50%, 30% et 60% de mieux par rapport aux paramètres fixés comme objectifs. Ainsi, il constitue la carrure de la dernière-née des grandes sonneries maison, quant à elle dénommée Arena Metasonic. Précisons que la carrure est un élément crucial en matière de sonneries car le son tend à se diffuser de manière latérale. Il importe de choisir un matériau adéquat et de l’affiner au maximum. On pourra constater que la qualité obtenue est encore meilleure quand la montre est portée, avec le fond reposant sur le poignet.

L’Arena Metasonic © Revolution
De plus, Gérald Genta a pu mesurer l’intensité sonore (indice de pression acoustique, force et mélodie) produite par les différents matériaux en se servant de boîtes d’essai spécifiques. Il en résulte que, là encore, le Magsonic surpasse les autres, à la fois en force (intensité globale des sons) et en mélodie (intensité effectives des notes voulues : do, ré, mi et sol). Outre l’apport du Magsonic, la nouveauté bénéficie d’un boîtier inédit, lui-même breveté pour sa construction, inspiré des caisses claires qui composent une batterie. La carrure est enserrée par une lunette et un fond en titane grade 5 fixés par l’extérieur, via des piliers conçus à cet effet. Ainsi, nulle vis ne vient perturber la diffusion du son. Il en résulte aussi une création en adéquation avec le design.
La construction a été rendue étanche car, contrairement à une idée reçue, le son n’est pas meilleur dans une montre non étanche. Il peut même se trouver perturbé en sortant par les goulets d’étranglement que constituent les passages d’air autour des poussoirs d’armage. Certaines montres de poche anciennes résolvaient le problème en répartissant des ouvertures tout autour, solution bien entendu inadaptée aux montres-bracelets. L’Arena Metasonic est une réponse contemporaine aux Grandes Sonneries d’antan. Elle est la première à ressortir d’un programme de recherche et développement particulièrement ambitieux. Des sonneries de conceptions nouvelles s’annoncent dans un proche avenir.

La technique au service du savoir-faire manuel: une volonté du CEO Gérald Roden et du maître-horloger Bernard Aeschlimann. © Revolution
Parmi les montres à sonneries, on distingue les répétitions — à quarts, à 5 minutes et, le plus souvent, à minutes — et les grandes sonneries qui engendrent jusqu’à 35’040 déclenchements par an. Les grandes sonneries qui sonnent au passage les heures et les quarts se doublent systématiquement de la fonction répétition minutes qui sonne à la demande heures, quarts et minutes. On entend alors retentir successivement les heures sur un timbre grave, les quarts sur 2, 3 ou 4 timbres, et les minutes sur un timbre aigu.
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