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Quatrième génération (in French only)

Quand Abraham Constantin, âgé de plus de 80 ans, s'éteint en 1843, le petit atelier dont il avait hérité de son père, près de soixante ans plus tôt, s'était transformé en l'une des principales manufacture de l'horlogerie genevoise. Grâce à d'énormes sacrifices et aux moyens les plus variés, il était parvenu à traverser les périodes noires de la révolution française et des guerres napoléoniennes.

 La fabrique d'horlogerie, la Tour de l'Ile

L'année suivante, Jacques-Barthélémy laisse la place à son fils Charles-César, orienté vers ce métier dès son enfance. Au cours de cette même année 1844, le siège de la Maison est transféré en un lieu plus prestigieux : le bâtiment à trois étages de la fameuse Tour de l'Ile. Mais, tout comme son grand-père Abraham, le jeune Charles-César est également confronté à de grosses difficultés, immédiatement après avoir pris les rênes de l'entreprise familiale.

L'Europe de la Restauration subi la révolution de 1848 qui fut précédée en Suisse par la guerre du Sonderbund, entre cantons catholiques et cantons protestants, qui vit la victoire des protestants. Durant ces désordres, le nouveau siège de Vacheron Constantin est touché par un boulet de canon, le bureau de Charles-César est gravement endommagé. Pendant ce temps, les mouvements libéraux bouleversent l'Italie et provoquent une contraction des ventes. Mais l'entreprise est trop forte et trop présente sur trop de marchés pour être vraiment ébranlée par ces fluctuations conjoncturelles.

Vacheron vend ses montres précieuses non seulement en France et en Italie (marchés conquis depuis des dizaines d'années) mais aussi aux Etats-Unis, aux Pays Bas, en Allemagne, dans l'Empire ottoman et même à Cuba et en Amérique du sud. En 1849, lorsque, âgé de soixante ans, François Constantin rentre à Genève après trente ans de vagabondages providentiels à travers l'Europe, le pire est passé et les commandes recommencent à affluer. Constantin s'éteindra cinq ans plus tard, en 1854 et, jusqu'en 1867 il sera remplacé, aux côtés de Charles-César, par son neveu et héritier Jean-François.

Fin de la dynastie

En 1855, comme pour fêter le centenaire de sa fondation, Vacheron Constantin se lance dans une innovation technique d'une importance fondamentale : la couronne de remontage qui remplace la clé traditionnelle si peu commode. Elle avait été brevetée, à peine dix ans auparavant, par Adrien Philippe mais elle était encore peu utilisée. Ce perfectionnement révélera pleinement son potentiel cinquante ans plus tard, lors de la naissance des premières montres bracelet.

En attendant, la manufacture, très renommée en France et en Italie, profite pleinement de l'avènement, dans toute l'Europe, de la riche bourgeoise d'affaires, les commandes affluent ainsi sans même qu'il soit besoin de les solliciter. C'est pendant cette période d'expansion et de développement rapides qu'une tragédie s'abat sur la famille Vacheron et bouleverse le rythme tranquille des successions de père en fils qui a marqué le premier siècle de la vie de la Maison.

La décennie 1860-1870, au début de laquelle trois générations de Vacheron étaient encore en vie, se termine de manière inattendue : la mort du vieux Jacques-Barthélémy est suivie, en 1868, par celle, prématurée, de Charles-César et surtout, en 1870, celle très précoce de son fils Charles, âgé d'à peine 24 ans, qui dirigeait l'entreprise depuis moins de deux ans. Sur son lit de mort, Charles demanda à contempler, une dernière fois, un chef d'oeuvre à peine sorti de la manufacture : une montre miniature, réalisée sur commande pour le tsar Alexandre II, qui, malgré ses petites dimensions, était pourvue de toutes les complications possibles, y compris un calendrier perpétuel.

Croix de Malte

C'est la mère de Charles, veuve de Charles-César, qui assure la succession, bien que sa belle-mère, veuve de Jacques-Barthélémy soit encore en vie (elle décèdera en 1884 à 102 ans). La direction technique de l'entreprise et la production passent entre les mains de Leschot, la direction commerciale et administrative dans celles de Philippe Auguste Weiss, un ancien banquier embauché par Charles avant de mourir. Malgré la tragédie qui frappe la famille, l'entreprise a la chance d'être dirigée par des administrateurs habiles et prudents, comme Weiss lui-même et comme son fils Jules, qui tiendra la barre jusqu'en 1910.

En attendant, peu après le décès de Charles Vacheron, la manufacture qui s'est rapidement développée, se retrouve à l'étroit dans ses vieux locaux de la Tour de l'Ile. Elle est donc transférée, à quelques pas, dans un bâtiment beaucoup plus vaste et somptueux, au numéro 1 du quai des Moulins, où elle est encore installée actuellement.

 La fabrique Vacheron & Constantin en 1914

Mais, un an après seulement, la conjoncture commence de nouveau à aller de mal en pis, ce qui fait penser aux cadres de Vacheron Constantin qu'ils sont allés un peu loin dans leurs investissements. Le marché est en effet bouleversé à l'improviste par l'apparition de l'horlogerie américaine qui provoque une réduction drastique des exportations de montres suisses aux Etats-Unis et qui crée une vive concurrence sur les autres marchés. L'année 1880 constitue le point culminant de la crise. Pourtant Vacheron Constantin ne vacille pas et adopte même l'emblème de la Croix de Malte, destiné à devenir célèbre dans le monde entier. Effectivement, la conquête des marchés du nord de l'Europe et de l'Allemagne renfloue bientôt l'entreprise en lui apportant de nouvelles commandes.

Folies de la guerre et de la paix

A la mort du dernier héritier du nom Vacheron, en 1887, la Maison adopte définitivement la raison sociale Vacheron & Constantin. En même temps, la Belle Epoque et le siècle naissant balaient toutes les crises, amenant une saison de bien-être qui semble destinée à durer éternellement. C'est ainsi que, au rez-de-chaussée de son nouveau siège, quai des Moulins, Vacheron ouvre sa première boutique et que, en 1911, la première montre ancienne entre au musée de la marque, qui, décennie après décennie, sera ensuite enrichi de centaines de chefs d'oeuvre.

La même année les premières montres bracelet Vacheron Constantin voient le jour; elles sont encore regardées d'un oeil soupçonneux par les traditionalistes mais sont déjà prêtes à remplacer les vieilles montres de gousset, tombées en désuétude après la première guerre mondiale. Dès l'armistice de 1918, l'entreprise connaît une nouvelle et formidable expansion qui s'est perpétuée durant toutes les années vingt.

Franco Cologni