Pendant ce temps, la quatrième génération Piaget fait son apparition. Le fils de Gérald, Yves G. Piaget, après avoir entrepris, sur le conseil de son père, des études dans la tradition familiale (diplôme d'ingénieur horloger de l'université de Neuchâtel et diplôme de Graduate Gemologist du Gemological Institute of America à Los Angeles), est rentré en Europe, à 25 ans, en 1966 et il commence à travailler dans l'entreprise familiale. Il est bientôt (1968) nommé directeur du marketing et de la communication mais, auparavant, il doit prouver ses talents comme simple employé du show room de la rue du Rhône. Les appointements, selon les souvenirs de l'intéressé, étaient à peine suffisants pour payer le loyer d'un studio et pour acheter sa première voiture, une Fiat 500, qui n'avait en commun avec les précieux produits de la Maison que l'originalité du design.
Cependant, fidèles à la rigoureuse morale calviniste et aux sages moeurs paysannes, appliquant la parcimonie dans leur famille, Gérard et Valentin ne regardaient pas à la dépense quand il était plus avantageux et prévoyant de desserrer les cordons de leur bourse que de les serrer. Ainsi, en 1964, alors qu'ils étaient assistés par Camille Pilet et Emil Keller (une autre personnalité qui s'est identifiée avec la maison Piaget), ils firent l'acquisition de Baume & Mercier, une marque très solide. Née en en 1830, elle avait conquis une renommée internationale dès la fin du XIXe siècle grâce à ses chronomètres de précision et s'était imposée définitivement dans les années 1920-1930 avec la production d'une vaste gamme et une grande compétitivité.
Ce qui distingue Piaget de toute autre grande marque de l'horlogerie suisse, outre les cadrans en pierre dure et les mouvements ultra-plats, c'est ce mélange unique de simplicité paysanne et de perspicacité, parfois même de génie, qui caractérise la gestion de l'entreprise.
La formidable extension de la maison Piaget, durant les années soixante et soixante-dix, reste une énigme incommensurable pour les historiens de l'horlogerie. Elle n'a en effet laissé aucune trace comptable. Ni graphiques, ni statistiques, ni comparaisons, années après années, du chiffre d'affaires. Les seules données exactes étaient notées sur les petites feuilles de l'agenda de Valentin Piaget qui, à la fin de chaque année, les montrait aux autres membres de la famille. Probablement, aussitôt après, il les détruisait car elles étaient devenues inutiles. Aucun exemplaire des montres produites n'était également conservé car elles étaient toutes fabriquées pour être vendues.
Yves G. Piaget et Emil Keller avec l'artiste peintre Hans Erni.
Au cours de cet essor frénétique, quand Piaget ouvrait des boutiques dans tous les coins du globe et ceignait de ses montres les poignets les plus célèbres, personne ne se donnait jamais la peine de mettre de côté, de temps en temps, un exemplaire des dizaines puis des centaines de modèles produits. Ce fut Yves G. Piaget qui, au cours des années quatre-vingt, chargea Emil Keller de racheter, auprès des particuliers ou lors des enchères internationales, quelques-unes des pièces les plus significatives qui avaient fait l'histoire, non seulement de la maison Piaget, mais aussi de l'horlogerie contemporaine.
Etonnant oubli chez ces habitants des vallées aux moeurs anciennes qui étaient pourtant capables de ne jamais rater une manoeuvre sur le plan stratégique.
En effet, non satisfaits d'avoir inventé les mouvements ultra-plats, les cadrans en pierre dure, les montres dont le design anticipait extraordinairement les goûts du temps, il furent aussi, parmi les rares, à ne s'être pas laissés supplanter par la révolution du quartz.
Lorsque ce dernier fit son apparition à la fin des années soixante, les grandes marques suisse le combattirent en l'ignorant, comme si elles prévoyaient la crise très grave qu'il allait provoquer. Piaget, au contraire, l'attaqua en le produisant, créant, avec d'autres marques prévoyantes (le groupe Omega et Rolex), le Centre Electronique Horloger au conseil scientifique duquel siégeait fièrement Yves G. Piaget, le tout jeune ingénieur horloger de la dynastie. Ainsi, en 1976, après la réalisation des deux mouvements, mécanique et automatique, les plus plats du monde, Piaget réitère dans le même domaine avec le mouvement à quartz le plus plat au monde.
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PIAGET – Supreme Horological Elegance
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